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Interview
: Arthur Ténor

Lirado
: Quels ont été les ressources indispensables
à l'écriture de votre livre ?
Arthur
Ténor : L'exploration de
mes univers intérieurs ! Quand on s'attaque
à l'héroïc fantasy, on ouvre une
fenêtre sur un monde quasi inconnu et en même
temps bourré de clichés archi-connus.
Il faut donc mettre de l'ordre dans ses nombreuses
sources d'inspiration, trouver de nouveaux chemins
pour une intrigue qui se voudra pleine de mystère
et de danger, créer des paysages, des animaux
fabuleux comme on en a jamais vu, ou en tout cas jamais
ainsi (par exemple les équineds qui sont des
montures mi-fauve mi-cheval), des " petits peuples
" qui stimuleront l'imagination (tels les mirliths,
petits êtres de la nuit, dont nul ne sait à
quoi il ressemblent).
Lirado : Première
expérience dans la fantasy, qu'en ressortez-vous
? Qu'est-ce qui a été plus facile, dur...
?
Arthur
Ténor : J'en suis revenu
enchanté, ce qui paraît logique. Cela
faisait des années que j'avais envie de me
lancer dans un tel projet, mais je savais qu'il me
fallait attendre d'être plus sûr de moi,
plus mûr littérairement et de trouver
le bon angle d'attaque. Quand ce dernier a surgi,
j'ai su que le moment était venu et je m'y
suis lancé
les yeux fermés comme
sur un plongeoir. Le plus dur a donc été
de plonger, le plus facile de naviguer dans cet univers.
Je m'y suis senti comme un poisson dans l'eau. Je
n'ai pas vu le temps passer, je n'ai pas le souvenir
d'avoir " galéré ". C'est
toujours ainsi, quand on est dans son monde : tout
est simple (enfin, presque, car il faut quand même
résoudre certaines difficultés, notamment
de cohérence. Quand on écrit une histoire
de 350 pages, on n'a pas intérêt à
perdre le fil du récit, alors que tout doit
être absolument cohérent.)
Lirado
: Quels sont les côtés qui vous plaisent
le plus dans chacun des personnages principaux ?
Arthur
Ténor : Pour Thédric Tibert,
j'avais un modèle, mon ami d'enfance Thierry Humbert.
Cela m'a replongé dans mes souvenirs de jeunesse
quand avec un troisième camarade, nous passions
des heures au café à refaire le monde
fantastique, à imaginer des histoires et des cosmologies
qui nous faisaient partir bien loin des réalités
du quotidien.
Pour les équineds, c'est cette alliance entre un
tempérament de fauve et une âme quasi-humaine.
Pour les cavaliers litiths, ce sont des modèles
de vaillance, de rigueur et de droiture. De vrais chevaliers
qui se moquent des apparences, car pour eux seules la
vérité et les réalités comptent.
Et puis Lizlide
le parangon de l'elfe des bois,
avec tout son mystère, sa sensualité, sa
sensibilité et sa puissance quasi magique. Un fantasme
absolu.
Lirado
: Thécric Tibert se pose beaucoup de questions
dans ce roman, que vous permettaient personnellement
ces questions ?
Arthur
Ténor : C'est vrai qu'il
est un peu l'ingénu qui découvre le
monde. C'est en fait exactement ça, exactement
ce que chacun de nous est quand il débarque
dans un pays qu'il ne connaît pas. Nous nous
posons tout un tas de questions " naïves
".
Lirado
: N'avez-vous pas peur que les lecteurs soient agacée
par le stéréotype du bien contre le
mal ?
Arthur
Ténor : Justement, j'aimerais
que le lecteur soit attentif à la manière
dont le mal est abordé dans ce roman (et donc
la lutte contre le bien). Car c'est très différent
des intrigues classiques où le mal est d'un
côté et le bien de l'autre. Je n'ai personnellement
jamais lu de fictions où l'on annonce et démontre
que le mal n'existe pas, où l'on propose une
base de réflexion philosophique qui ne soit
pas empreinte de concepts religieux manichéens,
caricaturaux. L'Immonde n'est justement pas un Sauron,
il est même le contraire. Il est autre chose
non, je me trompe, il n'est rien, rien d'autre que
Je m'arrête là, sinon je vais dévoiler
le cur du livre.

Lirado
: A quel endroit pensez-vous innover ?
Arthur
Ténor : Heureusement pour
moi (mes chevilles), je n'ai aucune prétention,
seulement des ambitions, celle par exemple de donner
du plaisir au lecteur. Si j'y arrive, tant mieux,
sinon c'est moi le plus peiné, croyez-moi.
L'innovation arrive par le seul fait que l'auteur
est unique (par son style et son imagination). Observez
la littérature : combien d'histoires d'amour
contrarié a-t-on raconté depuis l'aube
de l'écriture ? Combien de polars tracent l'histoire
d'une enquête menée sur un crime, par
un enquêteur qui pose tout un tas de questions,
qui échappe à des chausses-trappes ou
se prend les pieds dans le tapis
Combien de
romans d'héroïc fantasy racontent la lutte
des méchants tout sombre contre les gentils
tout brillants ? L'innovation (en ce qui me concerne)
est seulement dans les transformations (le traditionnel
cheval en équined, par exemple), dans les particularités
descriptives, les subtilités de l'intrigue.
Par exemple, quel lecteur peut prévoir qui
est réellement l'Immonde avant que ce ne soit
révélé. S'il s'en trouve, c'est
que l'intrigue est mal ficelée. L'innovation,
à vrai dire, n'a pas grand intérêt
si le plaisir est là pour le lecteur. Voyez
les jeunes enfants qui se font raconter la même
histoire encore et encore, parce que chaque fois ça
les réjouit. S'intéressent-il à
ce qu'il y a de nouveau ? Non, bien sûr
jusqu'à ce qu'ils aient envie de passer à
autre chose.
Lirado
: Pourquoi avoir fait du combat contre l'Immonde contre
Thédric, un épisode aussi court ?
Arthur
Ténor : La réponse
est dans la découverte de la nature même
de l'Immonde. Peut-on lutter longuement contre rien
? En vérité, le combat contre l'Immonde
couvre pratiquement toute la seconde moitié
du roman.
Lirado : Quel(s)
est(sont) le(s) passage(s) que vous avez aimés
écrire en particulier ?
Arthur
Ténor : Justement cette brève
mais intense rencontre avec l'Immonde. Et puis bien
sûr certaines scènes avec Lizlide.
Lirado : Si
l'on retrouve Thédric Tibert dans une ou plusieurs
prochaine(s) aventure(s) comment sera(ont) elle(s)
?
Arthur
Ténor : Malheureusement,
je ne peux trop rien dire à ce propos. Par
exemple, nous retrouverons Lizlide dans un second
voyage extraordinaire, mais dans des circonstance
si particulières que je ne peux encore en parler.
Je peux peut-être vous révéler
que Thédric, devenu explorateur de l'imaginaire
pour le compte d'un département spécial
de l'ONU, va devoir découvrir un infinimonde
dont on ne sait rien sinon que tous ceux qui y sont
allés n'en sont jamais revenus, comme s'il
s'agissait de l'au-delà
le vrai !
Lirado : Le
titre est particulièrement long, est-ce un
choix ou est-ce imposé ? Que pensez-vous de
ce titre ?
Arthur
Ténor : Le titre du livre
aurait du être : Le royaume des 7 Tours, dans
la série Voyages extraordinaires. Le prochain
aura un titre au moins aussi long. En fait, au départ,
le projet était de réaliser un carnet
de voyage (extraordinaire). Je me suis ensuite orienté
vers un concept plus traditionnel de roman. Voilà
l'explication.
Lirado
: Comment l'illustration du livre c'est déroulé
avec Thierry Humbert ? Combien de temps cela a t-il
demandé ?
Arthur
Ténor : C'est une
des très rares fois où j'ai pu collaborer
aussi étroitement avec un illustrateur. Comme
je l'ai dit avant Thierry est un ami très proche
qui a suivi dès l'origine le projet. Nous avons
passé des heures à en discuter alors
qu'il s'agissait de faire un carnet de voyage. Thierry
avait même créé des images que
l'on peut voir en partie sur le blog des 7 Tours.
La coopération a donc été parfaite
et je dois remercier l'éditeur Plon qui nous
a fait confiance
à tous les deux ! Quant
au temps, je peux vous dire qu'il y a passé
des dizaines d'heures. Car comme tout travail achevé,
on pourrait avoir l'impression que ça s'est
fait facilement. Il n'en est rien. Sur le blog vous
pourrez vous en faire une idée plus précise
(rubrique album).
Lirado
: Comment s'est déroulée l'écriture
de Voyage
extraordinaire au royaume des 7 tours
?
Arthur
Ténor :
Curieusement, je l'ai écrit avec
une facilité qui m'a déconcerté.
Je n'ai pas le souvenir d'avoir éprouvé
plus de difficultés que pour un autre beaucoup
plus court. Cela s'explique sans doute par le fait
que j'étais complètement " parti
" dans ce voyage. Je n'ai pas vu le temps passer.
J'étais chez moi, en somme.
Lirado
: Quel est votre souhait pour ce livre et le(s) suivant(s)
(s'il y en a un... j'espère ) ?
Arthur
Ténor : Comme à un
bébé qui vient de naître, j'aimerais
lui prédire un avenir radieux, fait de succès
et de grand retentissement. Mais cela ne se maîtrise
pas. J'ai parfois un petit pincement au cur
quand je vais dans des librairies et que je vois les
rayons regorgeant de best-sellers archi-connus et
de romans anglo-saxons, tandis que ce Voyage, fut-il
extraordinaire, a déjà disparu des tables
et même des rayons. Mais que font les libraires
! ai-je alors envie de crier. Et puis je me souviens
que c'est la loi du marché qui s'impose. Restons
optimistes. S'il le vaut bien, on le verra de nouveau
sur les tables
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